Quand on se renseigne sur l'opération de la presbytie, on croise vite des mots qui intriguent : implant trifocal, implant EDOF, PRELEX, chirurgie du cristallin clair. Ces techniques ne travaillent pas sur la même partie de l'œil que le Presby-LASIK ou la Presby-PKR. Voici ce qui les distingue, ce que disent les études publiées, et pourquoi c'est le chirurgien qui propose l'approche adaptée après le bilan préopératoire.
Cornée ou cristallin : deux façons d'agir sur la presbytie
La presbytie est due au vieillissement du cristallin, la lentille naturelle située derrière l'iris, qui perd peu à peu sa capacité de mise au point de près [1]. Deux grandes familles de chirurgie existent :
- Le laser sur la cornée (Presby-LASIK, Presby-PKR) : le cristallin est laissé en place et la cornée est remodelée pour augmenter la profondeur de champ, par un profil multifocal ou une micro-monovision [1]. Ces techniques sont présentées sur la page Les techniques.
- La chirurgie du cristallin : le cristallin est retiré et remplacé par un implant (une lentille artificielle placée à l'intérieur de l'œil). Quand le cristallin est encore transparent, on parle de chirurgie du cristallin clair, ou PRELEX ; quand il est opacifié, il s'agit d'une chirurgie de la cataracte [1, 5].
Ces deux approches n'ont ni les mêmes indications ni les mêmes risques. Elles ne s'opposent pas : elles répondent à des situations différentes.
Les implants qui corrigent la presbytie
L'implant monofocal, éventuellement en monovision
C'est l'implant le plus courant en chirurgie de la cataracte. Il donne une vision nette à une seule distance, en général de loin ; des lunettes restent alors utiles pour lire. Une variante consiste à régler un œil pour le loin et l'autre un peu plus pour le près (monovision), sur le même principe que celui décrit dans notre article sur la monovision et la presbytie [2].
Les implants multifocaux : bifocaux et trifocaux
Ces implants répartissent la lumière entre plusieurs foyers : deux pour un implant bifocal (loin et près), trois pour un implant trifocal (loin, distance intermédiaire et près) [3]. Le cerveau apprend ensuite à utiliser l'image nette correspondant à la distance regardée : c'est la neuroadaptation, qui demande en général quelques semaines.
Les implants EDOF (à profondeur de champ étendue)
Au lieu de plusieurs foyers distincts, un implant EDOF (pour extended depth of focus) crée un foyer allongé, qui étend la plage de vision nette du loin vers l'intermédiaire. Ce principe vise à limiter les halos et éblouissements décrits avec les implants multifocaux. Beaucoup de modèles combinent toutefois plusieurs principes optiques, ce qui entretient une certaine confusion entre les catégories [4].
Ce que montrent les études
- Multifocal ou monofocal. Une revue Cochrane de 20 essais randomisés conclut que les implants multifocaux améliorent la vision de près et réduisent le besoin de lunettes, avec une vision de loin comparable, mais au prix de halos et d'éblouissements plus fréquents. Les auteurs soulignent que le bilan bénéfices-gêne varie d'une personne à l'autre [2].
- Trifocal ou EDOF. Une méta-analyse de 22 études (2 200 yeux) retrouve une vision de près sans correction supérieure en moyenne avec les implants trifocaux, sans différence significative pour la vision de loin, la vision intermédiaire, les halos ou l'éblouissement [6].
- Vue d'ensemble. Une synthèse de revues systématiques publiée en 2025 va dans le même sens : vision de loin similaire entre les implants, vision de près supérieure avec les multifocaux, mais davantage de halos et d'éblouissements avec les trifocaux et bifocaux [7].
Aucun implant ne reproduit l'accommodation d'un œil jeune. Chaque modèle est un compromis entre étendue de la vision nette et qualité de vision, notamment la nuit, ce qui rejoint ce que nous expliquons sur la conduite de nuit après une chirurgie de la presbytie.
La chirurgie du cristallin clair (PRELEX) : ce qu'il faut savoir
Retirer un cristallin encore transparent est un geste irréversible. Une revue récente rappelle que cette chirurgie peut se discuter chez des patients bien sélectionnés, mais que ses complications restent à prendre au sérieux [5] :
- un écart entre la correction visée et la correction obtenue (surprise réfractive) ;
- des halos ou éblouissements liés aux implants multifocaux, et parfois une adaptation insuffisante du cerveau ;
- un décollement de rétine, la complication la plus grave, plus à craindre chez les patients jeunes et les forts myopes ;
- un œdème maculaire (gonflement de la zone centrale de la rétine) ou une opacification de la capsule qui entoure l'implant, traitée le plus souvent au laser.
Le moment de l'intervention compte aussi : chez une personne d'une cinquantaine d'années dont le cristallin est clair, l'équilibre entre bénéfices et risques n'est pas le même que chez une personne plus âgée qui présente une cataracte débutante. Notre article sur l'opération de la presbytie après 60 ans détaille ces situations.
Laser ou implant : c'est le chirurgien qui propose
Le patient n'a pas à choisir lui-même entre un laser et un implant, ni entre deux modèles d'implants. Lors du bilan préopératoire, plusieurs éléments sont examinés : la transparence du cristallin, l'état de la rétine, la forme et l'épaisseur de la cornée, la vue de départ (myopie, hypermétropie, astigmatisme), la sécheresse oculaire, l'âge et les besoins visuels au quotidien.
À partir de ces mesures, le chirurgien indique si une chirurgie est raisonnable, laquelle il propose, et ce que l'on peut en attendre de façon réaliste, sans garantie de résultat. Si un laser est retenu, le déroulement est décrit sur la page Le jour de l'opération et les honoraires sur la page Tarifs.
FAQ : implants et presbytie
Quelle est la différence entre un implant trifocal et un implant EDOF ?
L'implant trifocal répartit la lumière entre trois foyers (loin, intermédiaire, près). L'implant EDOF crée un foyer allongé qui étend surtout la vision du loin vers l'intermédiaire. Dans les études, la vision de près sans lunettes est en moyenne supérieure avec le trifocal ; les deux restent des compromis [6].
Un implant permet-il de ne plus jamais porter de lunettes ?
Non, ce n'est pas garanti. Les implants multifocaux réduisent le besoin de lunettes chez beaucoup de patients, mais certains en gardent pour des tâches précises ou en faible lumière, et des halos peuvent apparaître, surtout la nuit [2].
Pourquoi ne pas opérer le cristallin dès les premiers signes de presbytie ?
Parce que retirer un cristallin transparent est irréversible et expose à des risques propres, comme le décollement de rétine, plus à craindre chez les patients jeunes et forts myopes [5]. Selon la cornée et la vue de départ, un laser sur la cornée peut être proposé à la place ; c'est le bilan qui permet d'en décider.
Après un Presby-LASIK, pourra-t-on avoir un implant plus tard ?
Oui, une chirurgie de la cataracte reste possible après un laser sur la cornée. Il est alors utile de conserver le compte rendu de l'intervention et les mesures de la cornée d'avant le laser, qui servent au calcul de la puissance de l'implant.
Sources
- Wolffsohn JS, Davies LN. Presbyopia: effectiveness of correction strategies. Progress in Retinal and Eye Research. 2019;68:124-143.
- de Silva SR, Evans JR, Kirthi V, Ziaei M, Leyland M. Multifocal versus monofocal intraocular lenses after cataract extraction. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2016;12:CD003169.
- Alió JL, Plaza-Puche AB, Fernández-Buenaga R, Pikkel J, Maldonado M. Multifocal intraocular lenses: an overview. Survey of Ophthalmology. 2017;62(5):611-634.
- Kanclerz P, Toto F, Grzybowski A, Alió JL. Extended depth-of-field intraocular lenses: an update. Asia-Pacific Journal of Ophthalmology. 2020;9(3):194-202.
- Medalle RS, Salmoral Lorenzo-Arroyo A, Alió del Barrio JL. Complications of refractive lens exchange. Archivos de la Sociedad Española de Oftalmología. 2026 (publication en ligne, octobre 2026).
- Karam M, Alkhowaiter N, Alkhabbaz A, et al. Extended depth of focus versus trifocal for intraocular lens implantation: an updated systematic review and meta-analysis. American Journal of Ophthalmology. 2023;251:52-70.
- Daka Q, Henein C, Fang CEH, et al. Effectiveness of intraocular lenses designed to correct presbyopia after cataract surgery: an overview of systematic reviews. British Journal of Ophthalmology. 2025;109(12):1323-1329.
Pour aller plus loin
- Les techniques : Presby-LASIK et Presby-PKR, principe et déroulement ;
- Solutions et traitements : lunettes, lentilles, laser et implants ;
- Le bilan préopératoire : ce qui est mesuré avant toute proposition ;
- Suis-je candidat ? : les critères examinés avant une chirurgie de la presbytie ;
- Comparatif Presby-LASIK et Presby-PKR : les différences entre les deux lasers.